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 La Geste de l'Enfant-Lune

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Lyssandre
poussière d'étoile
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MessageSujet: La Geste de l'Enfant-Lune   Jeu 28 Aoû - 21:00

Si c'est pas ultra-impressionnant d'être la première à poster...
C'est une nouvelle écrite pour l'AT "De la chair à l'acier". Je la poste dimanche, date butoir... Il était demandé entre 56000 et 64000 caractères, ce qui en fait un assez long texte. Je ne vais donc vous en poster que le début, à vous de me dire si vous désirez la suite... En tout cas, merci d'avacne pour vos commentaires, positifs ou non ! Twisted Evil


Le brouillard et la pluie indifférenciaient tout depuis longtemps déjà, et je devais me rendre à l’évidence : je m’étais perdu. La bride abandonnée sur l’encolure de mon cheval, je lui avais laissé toute liberté en espérant qu’il parvienne à retrouver notre chemin, mais il avait échoué lui aussi, égaré dans cet espace nébuleux.
J’étais trempé jusqu’aux os, mes ailes dégoulinaient, et je priais avec ferveur tous les dieux du monde de mettre sur ma route un abri quelconque. Je continuais à errer, sur une monture fourbue et de plus en plus réticente, persuadé de visiter l’un de mes cauchemars d’enfance.
Alors que le désespoir étreignait mon cœur de ses griffes acérées, j’aperçus enfin une petite masure à l’intérieur de laquelle brillait un peu de lumière. Je descendis de cheval et m’approchai. La porte s’ouvrit, avant même que je pus frapper, sur une petite femme d’un âge vénérable, aux cheveux et aux yeux très noirs.
« Mettez votre cheval à l’abri sous la grange, et venez vous réchauffer, jeune homme. Je vous attends. »
Quelques minutes plus tard, j’étais assis devant une cheminée qui, étrangement, ressemblait davantage à une forge qu’à une cheminée domestique et me réchauffais progressivement tandis qu’elle m’offrait un bol de bouillon.
« Si seulement la lune pouvait nous éclairer, nous apporter un peu de chaleur ! soupirai-je, plus pour entamer la conversation que par réelle conviction.
- Il fut un temps où elle aurait pu, jeune homme, il fut un temps…
Son regard se perdit dans des souvenirs qui n’appartenaient qu’à elle.
-Voulez-vous m’en dire davantage ? interrogeai-je, toujours friand de vieux mythes poussiéreux et d’histoires à dormir debout.
- N’imaginez pas que ce ne soit que le simple récit d’une très vieille femme, car cela fut. C’est aujourd’hui oublié, comme sont oubliés le royaume des cieux où vivaient nos cousines des Soleils, et celui des brumes où vivaient nos cousines de la Lune. Oui, jeune homme, vous croyez que nous sommes la seule race de fées ? Nous sommes les Terrestres, les survivantes en déclin, mais nous étions trois races auparavant, trois sœurs… Nos ailes sont jolies, certes, mais bien inutiles, elles nous permettent tout juste d’aller plus vite sans que l’on puisse voler bien haut. Enfin, « nos » ailes… J’ai perdu les miennes il y a bien longtemps, même s’il est aujourd’hui monnaie courante que de les enlever, elles qui ne servent à rien… Toujours est-il que celles de nos sœurs étaient flamboyantes, fortes ; elles envolaient leur porteur.
Elle soupira, et son regard vogua de nouveau vers des terres lointaines dont elle seule savait le secret. Elle reprit :
- Les Anciens se transmettaient ce récit sous le nom de la Geste de l’Enfant-Lune, je suis la seule à le connaître encore et j’accepte de vous le conter, car je sens que votre cœur est pur et que je dois trouver un héritier à cette histoire avant de mourir. Il serait regrettable qu’elle se perde à jamais…

...


C’était il y a très, très longtemps… La lune était chaude alors, elle était roche vivante, protectrice des rêveurs et des amants. Elle souriait, la nuit, et enveloppait tous les êtres d’un regard apaisant. Le souffle qui remontait la couverture d’un nouveau-né afin qu’il ne tombe pas malade, c’était elle. La lumière qui guidait les marins perdus dans les flots arrogants, qui les empêchait de s’écraser sur les récifs affilés, c’était elle. Elle encore qui éclairait les larmes de l’amante quand la quittait son chevalier, afin qu’il voie de ses propres yeux l’amour qu’elle lui vouait. Elle qui repoussait les vagues qui montaient à l’assaut des plages pour dévorer les enfants qui s’y promenaient encore. Elle qui écoutait la complainte de la veuve sur le rivage, attendant toujours, désespérée, que lui soit renvoyé le corps de son marin d’époux.
La lune était chaude, mais le monde n’était pas doux pour autant. Les fées terrestres, dont nous sommes, étaient méconsidérées par les autres races car clouées au sol : nos ailes ne nous sont d’aucune utilité, vous le savez bien. Les fées des Soleils vivaient dans le haut royaume des cieux, inaccessible par nous qui ne savons pas voler ; nos sœurs de la lune s’étaient éclipsées dans les brumes depuis qu’un tyran sans nom avait pris le pouvoir de la Citadelle du Ciel. Toutes, nous vivions donc de malheur et de larmes. Les Solaires sous le joug d’un monstre, les Sélénaires cachées dans l’attente d’un monde meilleur, et les Terrestres perpétuellement rejetées. Trois sœurs qui n’échangeaient plus une parole, trois sœurs indivisibles dont le lien était rompu. A jamais. A moins que… L’amour devait les unir à nouveau.

C’est pourquoi la lune envoya à son fils le plus courageux un rêve d’une sombre beauté : il y découvrait, dans un paysage plus noir qu’une nuit d’orage, une jeune fille blonde comme les blés, au doux regard céladon et aux lèvres magnifiquement carmin. Il se réveilla, en sueur ; d’une sueur qui ne naît que de la peau des amoureux transis. Comment avait-il pu rêver d’une telle femme ? Les Sélénaires ont la peau grise, des yeux de pluie et la chevelure argentée. Existait-il au monde pareille créature, au visage aux couleurs de l’arc-en-ciel ? Une chose était sûre : si une telle enluminure avait sa place quelque part, il la trouverait. Car la lune avait su insuffler à son cœur la fougue de l’amour et la passion qui étreint seulement les âmes les plus pures.
Il n’attendit pas le matin pour se lever, s’habiller et partir, avec pour tout bagage un cœur gonflé d’amour et pour toute protection un astre bienveillant. Il marcha, marcha, rampa parfois sous des buissons épineux qui le griffaient par méchanceté, nagea dans des eaux troubles qui tentèrent de le submerger, gravit des sommets imprenables, tomba dans des gouffres plus qu’impossibles à remonter… A la fin de chaque journée, il s’allongeait éreinté mais serein : la nuit le réconforterait d’un chaud halo ambré et lui apporterait en rêve sa bien-aimée. Jamais le désespoir ne l’embrassa, jamais la fatigue ne le terrassa, pas même sous le vent, la neige ou les orages. Toujours, il avançait.
Toujours, la lune le guidait. Et il parvint un beau jour au bas du royaume des cieux.
« C’est ici, je sais que c’est ici, murmura-t-il pour lui-même. Mais je ne peux pénétrer ce royaume, il est gardé afin que nul n’y puisse entrer, mes rêves me l’ont dit. Alors ? Que vais-je faire ?
- Attendre la nuit, lui chuchota le vent dans le creux de son oreille, attendre la nuit. »
Le jeune Sélénaire s’assit donc au pied d’un grand arbre, se cala entre ses racines noueuses et ferma les yeux afin de se reposer un peu avant la nuit. Il s’endormit bien vite.
Le hululement d’une chouette dans les branches l’éveilla alors que la nuit venait de tomber. Il se dit qu’il était temps de partir chercher celle pour qui il était venu. Il cueillit au sol une fleur, histoire de ne pas arriver les mains vides, et se mit à s’épousseter, pour ne pas trop ressembler à un vagabond. Mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté de la poussière qu’il avait accumulée depuis son départ, près d’une lune auparavant. Il allait se résigner à partir quérir sa belle couvert de boue et de cendres, quand il entendit un crissement. Il leva brusquement la tête, persuadé d’avoir été découvert par un garde, mais ce qu’il vit le laissa sans voix. C’était elle.
On dit qu’il fut tellement ému de la voir ainsi, elle qui avait fait de son mieux pour se parer de nacre et d’or (vous imaginiez-vous que la lune eût pu oublier de la prévenir ? Evidemment, la jeune Solaire subissait les mêmes rêves fiévreux que sa moitié), on dit qu’il fut tellement ému, oui, qu’il se mit à trembler, comme un nouveau-né, et à pleurer de joie. On dit aussi que la jeune fée, énamourée plus qu’aucune autre ne le fut jamais, s’approcha de lui et lui caressa la joue de sa main d’un rose délicat. Il la prit alors dans ses bras et la serra fort, comme un rêve qu’on ne veut plus voir s’envoler au petit matin…
La suite n’appartient qu’à eux, jeune homme. Quand bien même la connaîtrais-je, et peut-être est-ce le cas, je la tairais encore. Cette nuit, unique, première ; cette nuit originelle fut leur, et la lune les bénit d’un voile ambré plus doux que les yeux de votre belle.
Au petit matin, cependant, il leur fallut se dire adieu. Et malgré leur promesse de se retrouver le soir même au pied de cet arbre bienveillant, les larmes coulèrent.
Lorsqu’elle revint sous la lumière du crépuscule, ils décidèrent de s’enfuir. Le tyran hurlerait, bien sûr, car cette jeune Solaire était sa huitième promise, mais peu leur importait. On est aveugle à toute autre chose qu’à notre cœur lorsque l’amour s’en empare ; et le danger n’est qu’une épice supplémentaire à laquelle on ne veut prendre garde.
Ils fuirent. Par les chemins, les vallées, les collines ; par les ruisseaux, les forêts, les roches escarpées. On dit qu’ils se tenaient la main et que jamais ils ne la lâchaient. Mais les contes souvent magnifient une réalité pourtant déjà fabuleuse.
Un jour, ils atteignirent un coin de paradis. Ce serait le leur. Ils s’y installèrent, pour la vie. Bientôt naquit de cette nuit originelle un enfant. S’il avait le regard bleu flamboyant de sa mère, il avait la peau et les ailes de son père. Mais le bonheur ne sait durer éternellement. Un matin que l’enfant accompagnait sa mère dans les bois pour la cueillette quotidienne de baies sauvages, le drame se produisit. Une odeur de feu, un air qui évoquait une forge de guerre, de la fumée surtout. Ils se ruèrent vers la maison.
Tout n’était déjà plus que cendres et fumée. Et l’époux, le père, agonisant, leur cria avec l’air qu’il lui restait de fuir… trop tard. Il mourut de ce dernier appel, une image horrible sous les yeux : le tyran empoignait sa femme par les cheveux et le jetait à terre tandis qu’un de ses soldats se saisissait de l’enfant.
Oh ! Le procès ne fut pas bien long ! Elle avait trahi son souverain et son peuple en s’alliant à ce Gris, il était normal qu’elle paye. Et le tribut demandé était de sang. On ralluma un brasier sur les cendres de son bonheur consumé, et elle y brûla vive. Quant à l’enfant, on se contenta de lui brûler les ailes ; brisant par là-même son identité, l’avilissant plus que tout. Fée déchue, jamais il ne pourrait remonter au royaume des cieux. Avant de l’abandonner dans les ruines de son enfance, le tyran lui apposa au fer rouge son sceau sur le front, afin que partout où il allât il soit reconnu comme le bâtard, l’Enfant-Lune, et chassé.

Les années passèrent, plus de quinze fois la neige recouvrit les terres avant de fondre sous le retour du printemps. Comment survécut-il ? Oh, il avait fui dans la forêt au départ du tyran, il avait couru de toutes ses jambes et les larmes, loin de l’aveugler, avaient semblé une force supplémentaire. On dit qu’il fila plus vite qu’une étoile durant une lune entière, mais vous savez comme les récits s’amplifient avec le temps… Toujours est-il qu’il trouva refuge auprès d’une vieille louve aveugle. Sans doute aurait-il pu trouver meilleur gardien, me direz-vous, mais vous vous trompez. Cette protectrice n’était autre qu’une envoyée de la lune pour veiller sur l’unique chance de survie de nos peuples.
L’enfant grandit donc à l’écart de tous, à l’écart de ce récit. Je ne sais qui, de la lune, de la louve ou de tout autre être des bois, lui expliqua ce qui s’était réellement passé. Toujours est-il qu’un irréfragable désir de vengeance se mit à croître chaque jour en son cœur. Il avait connu la douleur de la perte, la solitude et les tremblements qui suivent les cauchemars quand personne n’est là pour vous enserrer de ses bras. Car souvent son ennemi s’était insinué (et s’insinuait toujours) dans ses nuits, profitant d’une porte laissée entrouverte par un esprit un peu trop fatigué ; alors l’enfant se réveillait en sueur, sentant encore la brûlure dans sa chair, là où le tyran avait apposé son sceau, là où jadis il avait eu des ailes. Puis il avait rencontré Mère Louve, qui veillait sur ses nuits et se glissait près de lui au moindre gémissement, témoin d’un douloureux cauchemar. Dorénavant, il oubliait parfois le chagrin au profit de la colère. Une ombre sourde grandissait en son âme, et la lune ne parvenait plus à lui faire entendre raison. Il avait soif de sang. Alors, il se promettait de venger celle et celui qui l’avaient aimé. Puis il croisait son reflet au détour d’un cours d’eau, et des larmes lui venaient aux yeux. Il n’avait plus d’ailes, il était marqué à vie, mutilé, et il était seul. Comment atteindre les cieux ? Comment briser celui qui avait fait éclater sa vie ? Celui qui toujours le hantait ? Son ennemi lui était à jamais inaccessible.
L’Enfant-Lune devint un homme, il acquit une détermination farouche. Il apprit qu’avec du courage et de la volonté tout devenait possible. Un espoir, un fol espoir naquit dans ses yeux et, la nuit, en rêve, il voyait le visage de l’homme qui avait tué sa mère, et il sentait l’épée qu’il lui passait au travers de l’œil gauche, jusqu’au cerveau. Sa vie avait enfin un but et rien ni personne ne pourrait jamais le détourner du sombre destin qui l’attendait. Car la vengeance, quand bien même elle semble méritée, est illusoire, jeune homme. Elle est illusoire car se consacrer au malheur d’autrui ne permet que de délaisser son propre bonheur. Mais il était trop tourmenté par son passé pour permettre à cette idée de traverser son esprit...
Un jour, ou plutôt un matin, Mère Louve mourut. Qu’elle ait fini sa mission d’apprentissage auprès de l’enfant devenu jeune homme, ou qu’elle ait été rappelée par la lune elle-même, je l’ignore. Ce qui est sûr, c’est que sa vie avait duré bien plus que ne dure celle d’un loup ordinaire. Elle quitta donc ce monde, non sans un dernier conseil à son fils adoptif. « Attention à toi, gamin, je sais que tu vas marcher dans le monde, rencontrer les tiens. Mais tu as grandi loin d’eux, et tu les connais mal. Ils sont lâches ; le seul courage qu’ils connaissent, ils le doivent à l’amour. »
L’Enfant-Lune pleura tout le jour, et l’enterra la nuit tombée. Au matin, son deuil était fait, et une résignation plus forte encore étreignait son cœur. Assis sur une souche, devant la tanière qu’il avait partagé des années durant avec Mère Louve, il réfléchissait. Il était seul, il était libre. A lui de tracer sa légende en lettres argentées dans le ciel nocturne, comme le firent tous les héros en leur temps.
L’Enfant-Lune se leva. Sa décision était prise : il allait partir en quête des fées Terrestres, les seules qu’il pouvait atteindre puisque leur royaume était pierres, terre, arbres et sable, au ras de l’eau. Elles l’aideraient. Elles étaient méprisées et de cela leur cœur était en colère. Il ne leur manquait qu’un être assez fort pour les unir et les soulever en une immense révolte. Il serait celui-là.
Pas d’affaires à rassembler, aucun adieu à faire, pas de porte à verrouiller. Sans un regard en arrière, il partit.
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Luxy
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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Dim 14 Sep - 21:20

Purée, je ne cesse d'être déconnectée et mes comm sont partis en fumée.
Bref, je disais que tu aurais pu éviter le "blonde comme les blés", je riais au "céladon" (Wink), et je disais bof aux épineux qui griffaient par méchanceté.

Sinon, j'aime bien cette ambiance contée et je voudrais bien lire la suite... Embarassed
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Lyssandre
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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Dim 14 Sep - 21:43

Luxy a écrit:
Purée, je ne cesse d'être déconnectée et mes comm sont partis en fumée.
Bref, je disais que tu aurais pu éviter le "blonde comme les blés", je riais au "céladon" (Wink), et je disais bof aux épineux qui griffaient par méchanceté.

Sinon, j'aime bien cette ambiance contée et je voudrais bien lire la suite... Embarassed

Merci pour ce commentaire, m'dame.

"blonde comme les blés" et "méchanceté" : des clichés, de la grande naïveté. C'est voulu. Le début est volontairement enfantin pour trancher avec la suite qui est beaucoup moins... 'fin plus... moins guillerette et naïve, quoi.

Le céladon, c'est une promesse à Oliv : le caser dans chacun de mes textes. Pour l'instant, je m'y tiens ! Laughing
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Luxy
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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Lun 15 Sep - 10:17

Lyssandre a écrit:


Le céladon, c'est une promesse à Oliv : le caser dans chacun de mes textes. Pour l'instant, je m'y tiens ! Laughing

J'avais compris ça sur MS, c'est pour ça que ça m'a fait sourire.
Pour le côté naïf/enfantin voulu, je trouve dans ce cas là que ce n'est peut-être pas assez appuyé.
Mais bon, il faudrait aussi voir le texte en entier pour se faire une meilleure idée.

(à moins que tu ne veuilles pas poster le suite immédiatement s'il est encore entre les mains d'un jury...)
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Lyssandre
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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Mar 16 Sep - 16:27

Luxy a écrit:

(à moins que tu ne veuilles pas poster le suite immédiatement s'il est encore entre les mains d'un jury...)

Je ne crois pas que ça gêne... scratch
Si jamais il y a un miracle et que ce texte est publié, je le retirerai. Sinon... Comme je prévois de l'envoyer à un autre AT en mars s'il n'est pas pris à "De la chair à l'acier", ça me permettra de corriger...
Donc, un bout de la suite (merci Luxy !) :



Les animaux, les arbres et le vent le guidèrent jusqu’à l’orée de la grande forêt. Il y parvint en moins d’une lune. Plusieurs fois, il bénit Mère Louve pour lui avoir enseigné l’art de la chasse et celui de la dissimulation. Car, bien vite, il se rendit compte qu’on le traquait.
A plusieurs reprises, il croisa des fées de la race de sa mère, vêtues d’armures dorées et coiffées de grandes plumes de phénix. Les soldats Solaires. Il parvint même, au détour d’un chemin, à surprendre une conversation entre deux hommes de la Garde… Il avait grimpé dans un arbre, et celui-ci avait lentement refermé ses branches sur sa fine silhouette, le dissimulant ainsi aux regards inquisiteurs.
« Mais comment peut-on retrouver ce gosse ? avait lancé le premier avec énervement.
- Il a le teint pâle, des moignons à la place des ailes, et le front marqué du sceau d’Aldir. Si ça ne te permet pas de te faire une idée de sa trogne et de le reconnaître si tu le croises, t’es vraiment encore plus bête que le commun des gardes ! l’insulta le second, un soldat qui avait, de toute évidence, passé plus de temps à la taverne qu’aux entraînements militaires.
- Cela n’aurait pas été plus simple de le tuer quand il était tout petit, en même temps que sa mère ?
- T’as entendu le discours du chef, comme moi, non ? Aldir voulait un exemple, c’est pour ça qu’il l’a laissé en vie. Maintenant que l’oracle a balancé je ne sais quelles paroles, il paraît que Face-de-Lune pourrait revenir chercher des noises à son ancien bourreau, répondit le soldat à l’abdomen proéminent en haussant les épaules. En même temps, m’est avis qu’on ne saura jamais vraiment ce que voulait dire l’oracle, parce qu’Aldir l’a fait éplucher comme une pomme et écarteler dans la foulée. Il ne fait pas bon contrarier notre Souverain…
- C’est pour ça qu’on a intérêt à le retrouver, et vite… Combien ont été pendus, hier ?
- Quatre, marmonna le soldat. Et quatre de plus le seront à la fin de la semaine si personne ne lui ramène le gosse.
-D’accord, assez parlé, coupa le premier garde. Je ne veux pas être le prochain à rencontrer Dame Potence. »

Arrivé à l’orée du bois, l’Enfant-Lune regarda pensivement la grande plaine qui s’étendait devant lui. Depuis son adoption par Mère Louve, jamais il n’avait quitté le couvert des arbres, et il réalisait seulement à quel point il s’y était senti en sécurité. Mais il lui fallait partir. Le ciel commençait à se charger d’or et de pourpre, la nuit approchait. Un dernier sommeil au creux des arbres, un dernier avant de quitter définitivement cette forêt qui l’avait nourri. Il se dissimula sous un buisson, se roula en boule comme un louveteau et s’endormit…
« Debout ! »
Il n’eut pas le temps d’ouvrir les yeux sur son assaillant qu’on le traîna hors de son bosquet, sans aucun ménagement. D’emblée, il sut que les soldats de la Garde l’avaient trouvé. D’emblée, il sut que toute tentative de fuite était vouée à l’échec, alors il se tut. Ebloui par les torches qui l’encerclaient, il lui fallut un moment avant de parvenir à apercevoir les visages de ceux qui l’avaient si aisément capturé. Il reconnut sans mal les deux hommes dont il avait surpris la conversation quelques temps plus tôt.
On le bâillonna, on lui lia les mains dans le dos d’une corde rêche qui le brûlait à chaque mouvement. Surtout, on se moqua de lui. L’Enfant-Lune au teint de mort, le défiguré, le Sans-Ailes. On lui trouva tous les surnoms les plus dégradants, on l’humilia, et on fêta sa capture comme il se doit : en mêlant alcool et bagarres jusqu’à la fin de la nuit. Attaché au tronc rugueux d’un vieux chêne, l’Enfant-Lune était seul. Il regardait danser les hommes ivres sans les voir, écoutait avec lassitude les cris d’allégresse et les chants de victoire. Au milieu du brouhaha incessant, il ne disait rien. Des larmes seules, roulaient sur ses joues. Et je crois me souvenir que l’arbre pleurait de même.
Au matin, les soldats les moins saouls secouèrent les autres : il fallait partir. La route jusqu’au Royaume des Cieux était longue, et le tyran, impatient. Les yeux cernés, la peau pas très nette encore d’une nuit imbibée d’alcool fort, deux soldats vinrent redresser le prisonnier. Il leur cracha au visage, mais le retour fut rude : on le jeta à terre, et le soldat humilié le roua de coups. Tout était bon pour frapper : pieds, poings, bouclier, casque… Le reste de la meute n’en perdit pas une miette. Le bourreau s’arrêta quand le sang qui giclait depuis les premiers coups forma une véritable mare autour du jeune homme.
« Face-de-Lune ! Je t’apprendrai les bonnes manières, sois-en sûr, et tu te plieras à nous. Je t’amènerai bien dressé à notre Souverain, même si pour cela tu dois y aller sur les genoux, jambes et bras cassés. »
On le releva en le tirant par les épaules et, en plus des liens qui lui enserraient les poignets, on lui attacha une corde autour du cou. « Un chien. » pensa-t-il avec une pointe de dérision. On le poussa du genou jusqu’à une charrette de bois clair tirée par une grosse jument. On l’enchaîna à l’arrière.
La caravane se mit en branle quelques minutes plus tard. L’Enfant-Lune commença à courir, une douleur effroyable dans la nuque. Déjà le second soleil montait vigoureusement dans le ciel, et la chaleur se faisait étouffante...

Poussière, soif, fatigue… Il n’avait à présent plus que ces trois mots à l’esprit, tant l’atmosphère irrespirable et la marche forcée sous les deux soleils brûlants l’avaient harassé. Ses yeux ne distinguaient plus ni le sol ni le ciel sous ce sable en suspension perpétuelle. Ses lèvres, sa gorge étaient sèches mais on refusait de lui donner à boire. Ses pieds continuaient d’avancer, mais ses forces fuyaient au rythme que leur dictait le désespoir d’un martèlement régulier. L’Enfant-Lune pensa à sa mère dont il ne parvenait plus à se remémorer le visage, à Mère Louve, à sa forêt bien-aimée, et…
« Arrête donc de rêvasser, et avance ! » lui lança un garde en le gratifiant d’un bon coup de pied.
C’en fut trop, l’Enfant-Lune tomba. Evanoui.
La charrette continua d’avancer. Ses muscles déjà fort malmenés étaient traînés sans pitié sur le sol dur. La poussière du chemin s’engouffrait dans ses yeux, sa bouche et ses narines, mais il ne parvenait même plus à suffoquer ; il allait mourir. D’ailleurs, je crois qu’il le souhaitait. Les cris et les rires des soldats suivaient la procession funèbre…
« Alors, mon gars ? On ne se relève même pas ? On aime mordre la poussière ?
-Face-de-Lune, tu crois qu’on va gober ton manège et t’accorder eau et repos ? Fallait respecter le sergent si tu voulais voyager dans de meilleures conditions !
-Tu verras, tu te plains, mais quand tu connaîtras les geôles de la Citadelle, tu repenseras avec mélancolie à ta jolie croisière ! »
Son corps fut traîné sur une centaine de mètres, son esprit s’en détachant peu à peu non sans une certaine volupté. Il s’envolait vers de lointains rivages cotonneux où il faisait bon vivre. L’Enfant-Lune aurait pu mourir ainsi, dans le désert, tiré par une vieille jument, la tête ballottant au rythme de son pas lourd… D’ailleurs, comment les os de sa nuque purent-ils ne pas se briser ? Comment ne mourut-il pas dans les dix secondes qui succédèrent à sa chute, de strangulation ou d’étouffement ? C’est un mystère qu’aujourd’hui encore je ne m’explique pas. Sinon par le fait qu’il devait en être autrement.
« Hé, les gars ! Il ne joue pas ! Regardez, ses yeux sont grands ouverts et tout blancs ! Arrêtez la caravane ! »
Les cris d’allégresse se turent, les rires aussi. Un grand silence se fit, et tout se figea. La poussière, lentement, retomba.
Le garde qui avait parlé s’approcha du corps sans mouvement et posa un genou en terre à côté de lui.
Peu à peu, les images d’un univers de paix s’éloignèrent, le corps rappelant l’esprit. L’Enfant-Lune hoqueta, recrachant sable et sang, ses yeux blancs se fermèrent puis s’ouvrir faiblement sur deux pupilles emplies de haine. Ce regard s’adressait sans doute possible à l’homme agenouillé près de lui. Celui qui lui avait sauvé la vie.

Il était maintenant assis dans le fond de la carriole bringuebalante. On avait refusé de détacher ses liens pour reposer ses muscles endoloris, mais on lui avait donné de l’eau pour boire et un soldat lui avait même aspergé le visage. Seul avec ses pensées encore embrumées, il commençait à ruminer. Pourquoi l’avait-on sauvé ? Il était condamné, de toute façon, et la mort lui avait semblé si douce, si calme… Il ferma les yeux, souhaitant de tout son cœur retrouver le chemin d’herbe tendre qui l’avait emmené loin de son calvaire.
Elle était brune, les yeux très noirs. Il la regardait marcher dans sa direction, et le vent faisait danser ses cheveux. Son sourire lui promettait un bonheur simple, et il frémit à cette seule idée. Parvenue à moins d’un mètre de lui, elle ouvrit les bras. A l’intérieur, il vit une rose palpitante et une épée brillante. Déjà sa main se tendait vers la rose, il éprouvait une envie folle de la lui glisser dans les cheveux. Alors surgit dans le dos de la demoiselle une silhouette sombre. Sans réfléchir, il sut que son ennemi était là. Saisissant l’arme de métal glacé, il la lança par-dessus l’épaule de la jeune fille et atteignit son adversaire en plein cœur. Au même instant, celle-ci hurla et disparut…
Il se réveilla et une voix à l’intérieur de sa tête, une voix qu’il ne connaissait que trop bien, lui murmura : « Et toi, que choisirais-tu ? La vie ou la mort ? ». « Je ne sais pas, Mère Louve, je ne sais pas… » répondit-il à voix basse.
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Luxy
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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Mar 23 Sep - 11:57

Lyssandre a écrit:

Il n’eut pas le temps d’ouvrir les yeux sur son assaillant qu’on le traîna hors de son bosquet, sans aucun ménagement. D’emblée, il sut que les soldats de la Garde l’avaient trouvé. D’emblée (la répétition est peut-être volontaire, mais je ne la trouve pas très heureuse) , il sut que toute tentative de fuite était vouée à l’échec, alors il se tut. Ebloui par les torches qui l’encerclaient, il lui fallut un moment avant de parvenir à apercevoir les visages de ceux qui l’avaient si aisément capturé. Il reconnut sans mal les deux hommes dont il avait surpris la conversation quelques temps plus tôt.
On le bâillonna, on lui lia les mains dans le dos d’une corde rêche qui le brûlait à chaque mouvement. Surtout, on se moqua de lui. L’Enfant-Lune au teint de mort, le défiguré, le Sans-Ailes. On lui trouva tous les surnoms les plus dégradants, on l’humilia, et on fêta sa capture comme il se doit : en mêlant alcool et bagarres jusqu’à la fin de la nuit. Attaché au tronc rugueux d’un vieux chêne, l’Enfant-Lune était seul. Il regardait danser les hommes ivres sans les voir, écoutait avec lassitude les cris d’allégresse et les chants de victoire. Au milieu du brouhaha incessant, il ne disait rien. Des larmes seules, roulaient sur ses joues. Et je crois me souvenir que l’arbre pleurait de même.
Au matin, les soldats les moins saouls secouèrent les autres : il fallait partir. La route jusqu’au Royaume des Cieux était longue, et le tyran, impatient. Les yeux cernés, la peau pas très nette encore d’une nuit imbibée d’alcool fort, deux soldats vinrent redresser le prisonnier. Il leur cracha au visage (et le baîllon, alors!) , mais le retour fut rude : on le jeta à terre, et le soldat humilié le roua de coups. Tout était bon pour frapper : pieds, poings, bouclier, casque… Le reste de la meute n’en perdit pas une miette. Le bourreau s’arrêta quand le sang qui giclait depuis les premiers coups forma une véritable mare autour du jeune homme.





Il y a un petit quelque chose qui m'embête.
Tu pars sur une narration de type conte, et ensuite tu dévies vers une narration plus classique tout en y ajoute quelques phrase contées.
Tu vois ce que je veux dire?

A part ça, le suite! la suite! Laughing

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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Mar 23 Sep - 14:12

Luxy a écrit:
Lyssandre a écrit:
Il leur cracha au visage (et le baîllon, alors!)

Oh mon dieu ! Shocked
Embarassed pale


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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Mar 23 Sep - 15:53

C'est pas bien grave!
Une petite incohérence qui peut facilement être corrigée si ta nouvelle plait pour l'AT. Wink I love you

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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Sam 15 Nov - 12:28

J'ai toujours pas eu la suite... Sad

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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Jeu 20 Nov - 11:26

Mes excuses, Dame Lumière, je vous avais... heu... égarée dans mon esprit sous une masse de travail...
Et là, je réalise que mon texte est quand même super long. Encore deux parties comme celle-là, et tu seras au bout, Luxy, courage !
Suite, donc...

Ils voyagèrent quatre jours entiers avant de parvenir sur le territoire des fées terrestres. Durant ces quatre jours, la caravane ne s’arrêta que très rarement, pour reposer les soldats qui allaient à pied ou volaient parfois en éclaireurs quelques lieues plus avant. La grosse jument était fourbue et marchait avec de moins en moins de bonne volonté, renâclant davantage à chaque fois qu’on venait lui remettre son harnais de cuir lourd. L’Enfant-Lune pensait constamment à ce rêve étrange et ne parvenait pas à en comprendre la signification. La rose, l’épée. Il avait choisi l’épée, mais le contraire eût été impossible : son ennemi l’aurait tué. Pourquoi la jeune fille avait-elle disparu ? Que signifiaient la rose qui palpitait comme un cœur d’oiseau, et cette épée d’un métal aussi brillant qu’un soleil ? Que lui voulait cette jeune fille ? Alors, il revoyait son regard et, comme son père avant lui, il apprenait l’amour dans les rêves que lui envoyait la lune. A la différence de celui-ci, cependant, la jeune fille ne l’obsédait pas ; ce rêve était doux, agréable, mais ne lui apportait ni fièvre ni désir embrasé, rien de ce qui fait la passion. Son cœur connaissait par trop l’aigreur et l’amertume pour se laisser aller à ce genre de mièvrerie.
Parvenus au premier village, les soldats de la Garde firent comme s’ils étaient chez eux. Ils s’approprièrent une grange pour édifier leur campement à l’abri de la pluie et du vent. Les habitants ne dirent rien : ils étaient en nombre et en force insuffisants. Non contents de s’être octroyés la grange, les soldats prirent aussi les réserves qu’elle contenait et préparèrent un banquet sans se soucier de l’hiver qui approchait et trouverait les Terrestres bien démunis. Tout y passa : blé, jambons, saucisses sèches, fromages, mais aussi vins et fruits. Les soldats érigèrent une belle table au centre de la grange, et se partagèrent joyeusement viandes et boissons, sourds aux lamentations qui venaient du dehors.
L’Enfant-Lune seul les entendait et rêvait de s’enfuir pour se mêler aux villageois opprimés et les réveiller en un soulèvement qui vaincrait le tyran et ses odieux soldats. Mais il était enchaîné au fond de la salle, témoin des cris et des odeurs alléchantes sans pouvoir partager un morceau de ces mets appétissants. Son estomac se fendit d’une crampe et se mit à hurler d’injustice. La gorge sèche, il aurait volontiers goûté de ce vin orangé. Il soupira. Devant lui, les gardes continuaient à se gaver sans lui prêter la moindre attention. Il ferma vainement les yeux, espérant dormir un peu malgré le vacarme ambiant. Dehors, il entendait des voix, lointaines, brumeuses. Il décida de se concentrer davantage sur elles que sur les chansons paillardes qu’entonnaient maintenant ceux des hommes qui, déjà, avait poussé le vice de la boisson un peu trop loin. Il lui fallut un certain temps pour s’isoler mentalement du brouhaha qui l’entourait et plus encore pour distinguer les voix des hommes qui parlaient de l’autre côté de la cloison. Ou plutôt les voix de l’homme et de la femme.
« Non ! Ne fais pas ça ! s’écria la femme.
- Et qu’est-ce que tu comptes faire, Myrtille ? Le sauver ? Mais tu as perdu l’esprit !
- Je sais ce que je sais, et cet homme nous aidera. C’est écrit. Il nous aidera, oui, et il réussira ce à quoi seuls nous échouerions à coup sûr.
- Balivernes que ceci ! Nous n’avons pas besoin de l’aide d’un étranger ! Abandonne cette idée démente et viens nous aider à enflammer le bâtiment !
- Vous êtes stupides, cracha la femme. Nos maisons alentour brûleront aussi ! Nous serons vus par les gardes ! Et même si nous échappons à cela les représailles seront terribles ! Non, nous ne pouvons pas. Tuer les soldats nous empêcherait à tout jamais d’atteindre le tyran, et c’est lui que nous voulons ! Ce serait jeter une pierre sur l’ennemi pour le réveiller quand une avalanche le tuerait net, si nous étions un peu patients…
- Tu parles avec une sagesse qui ne peut être tienne, tu es bien trop jeune.
- Je parle avec la sagesse que m’a léguée ma mère.
- Une sagesse de sorcière. Myrtille ! Que veux-tu tirer d’un Lunaire sans ailes ? Comment veux-tu qu’il nous soit d’une quelconque utilité ?
- Sa haine nous aidera, je te le promets. Laisse-moi vous prouver ma valeur, à vous tous, vous qui ne croyez pas plus en moi que vous n’avez cru en ma mère. Laisse-moi venger sa mémoire.
- Fais. Je sais combien cela compte pour toi, je te laisse libre d’agir, Myrtille.
- Merci, père. Merci. »
Les voix se turent, se fondirent dans le calme de la nuit, tandis qu’à l’intérieur de la grange résonnaient encore des chansons qui dureraient toute la nuit.

« Psst ! »
C’était la jeune fille qu’il avait entendue plus tôt ; il s’était endormi malgré le bruit. Les yeux maintenant ouverts, il remarqua que les soldats, abrutis par trop d’alcool, ronflaient çà et là.
« Psst ! reprit-elle.
- Oui, je vous entends.
- Tu peux sortir ? Tu es attaché ?
- Je ne peux pas bouger, on m’a lié les mains dans le dos, chuchota-t-il, surpris par ce tutoiement soudain.
- Je vais venir derrière toi pour te libérer. Surtout, ne bouge pas, ne laisse pas voir que tu n’es pas seul, intima-t-elle.
-Bien sûr » répondit-il, vexé qu’on le prenne pour quelqu’un d’aussi stupide.
Quelques instants plus tard, des mains se glissèrent dans son dos, il sentit ses liens se défaire. Il recula lentement, veillant bien à ne pas se faire remarquer. Il ne distinguait qu’une vague silhouette dans la pénombre, il était encore très tôt.
« Ne perdons pas de temps. Tu me suis ? » lui dit-elle.
Elle lui prit la main et l’entraîna derrière elle. La femme avait soulevé une planche du mur et s’était faufilée en dessous. Il eut du mal à se couler dans l’ouverture comme l’avait fait si aisément sa compagne. La planche grinça. Pas assez toutefois pour sortir les gardes de leur torpeur.
L’air frais lui fouetta le visage. Il n’y avait pas trace encore de l’aube prochaine et la lune décroissante éclairait maigrement la rue déserte. Une fine bruine lui caressa la joue, et il leva son visage vers le ciel avec volupté.
« Ne traînons pas ici ! Dépêche-toi ! »
Elle le sortit de sa rêverie en le tirant par la manche.
« Vite ! »
Il s’accrocha à sa main et la suivit au galop dans les rues rendues glissantes par la pluie. Il devinait plus qu’il ne voyait les cheveux de sa compagne danser au gré de leur course. Elle avait le pied agile, et à aucun moment elle ne trébucha sur les pavés. Lui devenait pataud à cause du manque de sommeil et du contact de la peau de la jeune femme. Sa main moite l’obsédait, lui qui aurait dû se préoccuper de courir encore.
Ils galopèrent jusqu’à l’entrée d’une forêt. Là, elle ralentit et bifurqua d’un rapide mouvement vers la gauche ; notre garçon faillit tomber au milieu des feuilles mortes. Après un bref arrêt durant lequel la jeune femme sonda la fatigue de son protégé, ils reprirent leur course de plus belle, le long de la lisière de la forêt. Une ligne blanche se profilait à l’horizon : le premier soleil allait entamer sa course matinale dans moins d’une heure. La lueur diffuse suffisait à rendre sensibles les reliefs du sol. Mais l’Enfant-Lune ne s’y attardait pas : son regard tout entier était tourné vers les ailes de sa compagne qui courait un peu en avant de lui. Des reflets d’argent et d’ambre commençaient à y miroiter, de plus en plus vivement tandis que la lumière se faisait. Les entrelacs qu’ils dessinaient auraient distrait l’homme le plus sage et émerveillé le plus sot. Ces dessins rendaient le jeune homme aveugle à toute autre chose et pourtant il évitait à présent sans peine les racines et les creux. C’est seulement lorsqu’ils ralentirent une nouvelle fois l’allure qu’il réalisa que s’il ne trébuchait plus, c’est que la jeune fée l’envolait avec elle, à quelques centimètres du sol. C’est ainsi qu’ils parcoururent un grand nombre de lieues en peu de temps.
Ils s’arrêtèrent enfin. L’Enfant-Lune était à bout de souffle, harassé. De toute façon, ils étaient arrivés à destination. Le jour commençait à présent à se lever, et on apercevait déjà la couronne d’or du premier soleil. Elle se tourna vers lui et ce fut la première fois qu’il la vit. C’était elle, bien sûr, la femme de son rêve. Avec ses cheveux d’ébène et ses yeux noirs.
« Je m’appelle Myrtille.
- Je… Je n’ai pas de nom, répondit-il, gêné.
- Bien, alors je t’appellerai Solune, soleil et lune. »

Elle l’avait emmené au bord d’un ruisseau où tous deux avaient pu se rincer le visage et boire longuement. Elle lui avait ensuite dit de s’allonger et de se reposer tandis qu’elle veillerait sur son sommeil. Il ne s’était pas fait prier.
Solune dormait, sous le regard attendri de Myrtille. D’aucuns envisagent déjà que s’ensuivra une délicate romance semblable à celle qui unit une première fois Soleils et Lune, au début de ce récit. Ils se trompent. Mais, en cet instant, tandis qu’elle le regarde dormir et respirer pesamment, Myrtille est rêveuse. Elle a lu dans les étoiles que cet homme allait jouer un rôle plus important dans sa vie que tous les autres. Elle imagine déjà le bonheur qu’ils partageront. Comment aurait-elle pu en douter ? Elle a saisi le regard qu’il a posé sur elle, elle a compris qu’elle ne le laissait pas indifférent. Elle veut croire. Non, ce n’est même pas cela : elle croit savoir. Elle voit tant par et pour lui… Fatalement, ces espoirs ne resteront jamais que chimères. Cesse de rêver, Myrtille ! Cesse de rêver car douloureuse sera ta chute. Tellement, tellement douloureuse…
Peu importe en cet instant, l’histoire se fera et se défera, je vais continuer à vous la narrer telle qu’elle fut, et non qu’elle que je l’aurais souhaitée.

Myrtille regardait dormir Solune, oui, c’est bien ça. Au bord d’un ruisseau dont je me souviens encore du parfum et de la mélodie… Elle le regardait dormir. Un impalpable sourire s’esquissait sur les lèvres de la jeune fille ; elle tendit une main vers sa joue, et l’effleura en tremblant. Cela faisait si longtemps qu’elle l’attendait !
Le temps passait, mais, comme si cet instant devait se figer, comme si Myrtille devait se créer des souvenirs pour l’éternité, rien ne semblait bouger. Les feuilles refusaient de céder aux avances du vent capricieux, l’eau se faisait sable pour ralentir son flot, les soleils calmaient leur avancée. Seuls les nuages se faisaient plus présents.
Lorsque la pluie commença à tomber, Myrtille s’éveilla. Elle frissonna mais s’aperçut que son compagnon n’avait pas bougé, l’eau glissant sur son visage comme une caresse. Elle le secoua avec douceur, et il ouvrit les paupières sur un regard heureux et paisible.
« Bonjour Myrtille, dit-il.
- Bonjour, Solune. Tu te sens mieux ?
- Oui, j’avais besoin de dormir, les courbatures dans mon dos et mes bras se faisaient trop présentes.
- Tant mieux. Il commence à pleuvoir. Nous sommes attendus à peu de distance de là, tu te sens capable de me suivre ?
- Oui, laisse-moi seulement le temps de me lever et je te suis. »
Il s’étira dans un long bâillement. Ses yeux étaient rougis encore de trop de fatigue accumulée, mais son teint avait repris un peu de couleur. Myrtille partit devant, il la suivit. Il s’enfoncèrent davantage dans le bois, et Solune se demanda comment il était possible qu’elle ne se perde pas. Lui avait acquis une excellente maîtrise de l’orientation grâce à Mère Louve, mais elle n’avait pas eu cette chance. Il n’osa pas l’interroger. Pourtant, s’il l’avait fait, elle lui aurait répondu qu’elle était la Sorcière de son village, comme sa mère avant elle, et que ses pouvoirs s’étendaient bien au-delà de la simple orientation. Mais Myrtille ne répondait jamais qu’à la curiosité exprimée et n’apprenait rien si on ne le lui demandait pas.
Elle se glissait parmi les fougères, filait entre les troncs, rampait le long des ruisseaux, et tout cela avec une facilité déconcertante. Solune lui-même avait du mal à la suivre, et il en ressentait une pointe d’énervement, peut-être même de honte, qui amusait Myrtille sans que celle-ci le laissât jamais transparaître.
Ils marchèrent ainsi une bonne heure, malgré ce qu’avait annoncé la sorcière, puis ils parvinrent dans une clairière. Un cheval était attaché à un arbre et mangeait patiemment son foin en fouettant l’air de sa queue pour chasser les dernières mouches qui résistaient encore à la pluie. Une roulotte était garée un peu à l’écart ; en sortir trois gars.
« Bienvenue, jeune Lunaire » dit le premier. Sans doute le moins âgé des trois, il avait les yeux vairons et un sourire amical.
« Voici mon frère, lui présenta Myrtille.
- Bienvenue, lui dit le second, un homme blond très musclé.
- Ouais, maugréa le troisième.
- Et voici mon oncle et mon père, un peu ronchon, comme à son habitude. » finit la sorcière.
D’un seul regard, son père avait donné à Solune l’envie de fuir très loin, ou de se cacher dans le sol. Il avait le visage dur et fier, couturé de cicatrices. Son œil gauche était de verre et restait immobile dans son orbite. Ses ailes pourpre et sang étaient fendues en maints endroits, et Solune se demanda s’il parvenait encore à voler. Il inspirait peur et respect.
« Merci, répondit simplement l’Enfant-Lune.
- Ma fille croit en toi, montre-toi à la hauteur de ses espoirs, je ne te demande rien de plus. Nous acceptons de te dissimuler de notre mieux à ces gardes Solaires, mais ne nous en demande pas plus. Si tu veux un jour faire partie des nôtres, cela se mérite. Te voilà prévenu, nous sommes loyaux, mais nous attendrons des preuves de ta capacité à vaincre le tyran. »
Ainsi parla Sythin, chef de la tribu Lys des fées Terrestres. Nul détour, nulle dissimulation dans son discours. Solune le sut juste et droit, et cela le rassérénait étrangement. On le cacherait, cela lui suffisait pour l’instant, et il se serait montré bien gourmand s’il avait demandé davantage.
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MessageSujet: Re: La Geste de l'Enfant-Lune   Jeu 20 Nov - 15:19

fatche de!
J'essaierai de penser à lire ça ce soir! bounce Very Happy

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